L’évangélisation des profondeurs, Simone Pacot l’a abordée Bible en main, en tenant le plus grand compte de la réalité psychologique humaine. Elle transmet l’essentiel de cette quête – qui se poursuit toute la vie – au sein de l’association Bethasda. D’une voix douce et posée, d’une disponibilité apaisante, elle emprunte avec nous ces itinéraires subits, en débusque les impasses, démêle des notions trop confondues, et donne à voir ce Salut dont la Bible est porteuse.
Gauthier de Vansay, pour Biblia : Nul n’échappe à un commencement… Quels éléments de votre histoire vous ont marqué ?
Simone Pacot : J’ai grandi au Maroc dans une famille aimante et unie, non pratiquante. A l’âge de quatorze ans, j’ai vécu une première expérience marquée par une approche de Dieu légaliste et perfectionniste. Longtemps je resterai habitée par un intense sentiment de culpabilité, que ni ma vie professionnelle – je suis avocate – ni dix années de séjour dans une communauté d’action non-violente ne dissiperont. De retour en France, j’ai entamé une psychothérapie. Preuve qu’il ne suffit pas de croire en Dieu pour aller bien !
G de V.: Que vous a apporté cette psychothérapie ?
S.P. : J’ai été remise au centre de ma propre histoire, déculpabilisée. J’ai pris conscience de la façon dont je m’étais liée par une promesse destructrice : j’ai voulu sauver quelqu’un de sa détresse et j’ai pris sur moi un fardeau qui ne m’appartenait pas, croyant ainsi mieux aimer. C’est alors que j’ai compris que je n’étais pas seulement sur un terrain psychologique mais qu’en voulant devenir le sauveur d’un autre, je me prenais pour Dieu ; sans le savoir, je refusais les limites de la condition humaine.
G de V.: C’est à partir de là que vous avez compris l’interaction entre les dimensions psychologique et spirituelle…
S. P. : Oui, j’ai compris aussi le sens vital de la parole de Dieu. Il importe que nous ayons des connaissances psychologiques, mais c’est la parole de Dieu, la vie du Christ en nous qui va œuvrer. Dans la lumière de l’Esprit, nous allons pouvoir poser des actes intérieurs qui vont permettre une restructuration de tout notre être. La finalité profonde d’une évangélisation des profondeurs, c’est le Royaume de Dieu et non pas le seul épanouissement de son moi. La parole de Dieu ne s’utilise pas, puisqu’elle est la rencontre même, la vie. Si elle se révèle centrale dans ce parcours, elle ne supprime pas pour autant les intermédiaires éventuels, tels que la psychothérapie. Foi et psychologie sont comme deux faisceaux qui se croisent. Les chemins d’évangélisation des profondeurs sont différents d’un trajet analytique. Il ne s’agit pas de se lancer dans des thérapies sauvages !
G de V. : Quelle est, selon vous, la démarche centrale de la vie spirituelle ?
S. P. : Je crois que c’est la Pâque. Nous abordons tous des pâques, autant de « passages » qui attestent de notre capacité à vivre et à avancer, même dans des circonstances difficiles. Regardez Jésus : sa situation ne s’est pas arrangée, au contraire. Mais il est mort comme un vivant. C’est pourquoi Bethasda propose une « évangélisation des profondeurs » plutôt qu’une guérison intérieure. Ces passages, ces pâques de la vie, mènent du désordre, de l’illusion, à la remise en ordre de notre existence selon les lois de Dieu. L’évangélisation des profondeurs est donc un travail d’ouverture et de conversion à la parole de Dieu qui vient aider, en étroite collaboration avec l’Esprit, à nommer ses blessures, à les assainir si elles ont été mal vécues, à retrouver la bonne issue de vie.
G de V.: Quelles blessures ?
S. P.: Toute blessure n’est pas traumatisme. Un enfant peut vivre comme une blessure un évènement mineur. Ce sont souvent des manques, des pertes d’amour, des paroles négatives : « Tu es nul », par exemple. C’est alors que, pour moins souffrir, nous prenons des fausses routes qui sont autant de façons de contourner les lois de vie.
La question à résoudre est alors celle de Sartre : « Qu’est ce que j’ai fait de ce qu’on m’a fait ? » Mais la parole de Dieu n’est pas magique. Comme l’enseigne la parabole du Semeur, la terre est à désencombrer. Qu’as-tu fait de ta terre ? La difficulté des gens est d’entendre que la parole de Dieu les invite à la conversion de tout leur être.
G de V.: Quelles difficultés rencontrent les participants de vos sessions ?
S. P. : Elles peuvent être très diverses. Certaines sont inscrites dans notre parcours même. Les sessions invitent à « ouvrir sa porte » au Christ (Ap 3). Ouvrir la porte de sa terre intérieure est un acte très spécifique. Souffrance, violence, haine, peur, honte, et aussi le corps et le cœur surgissent alors… En repérant les résistances à l’ouverture -que l’on se doit de respecter-, les fausses notions de Dieu apparaissent, la plainte se libère. C’est tout un trajet que beaucoup n’ont jamais fait, souvent par peur de Dieu ou d’eux-mêmes. On découvre que l’on n’est plus orphelin, au milieu des ses problèmes. Beaucoup attendent une guérison immédiate, totale, magique, et oublient -c’est un grand obstacle- que si Dieu commence toujours, ils ont à prendre la route jusqu’à des passages qui ne sont peut-être pas la guérison précise qu’ils souhaitaient. Ils ont alors à se demander : « Qu’est-ce que guérir ? » N’oublions pas que l’infirme de Bethasda se lève et marche, mais il doit porter son grabat.
G de V.: Que diriez-vous du Salut, aujourd’hui ?
S.P.: De passage en passage, chacun peut découvrir qu’il est assuré de l’amour inconditionnel de Dieu. Il retrouve sa véritable filiation, sa source de vie. C’est là la conversion essentielle. Un chemin peut s’ouvrir. Le tissu psychique se retisse, la parole de Dieu devient personnelle. Est-ce que le Salut ne se fait pas proche, alors ? Mais un vrai Salut est pour tous, et que l’on peut avoir une très profonde relation à Dieu tout en ayant des difficultés psychologiques.
Extrait de Biblia n° 36 (2005 page 40 et 41)
