« Que celui qui ne veut pas travailler ne mange pas non plus » (2Th 3,10) – Fr Manuel RIVERO (O.P.)

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Saint Paul n’est pas seulement un prédicateur : c’est un prêtre ouvrier. Dans ses voyages missionnaires, il cherche du travail, fabriquant des tentes pour ne pas être une charge financière pour les communautés. Il prêche par l’exemple.

C’est fort de cette cohérence qu’il donne cet ordre, direct, sans détour :

« Que celui qui ne veut pas travailler ne mange pas non plus. »

            Ces paroles peuvent nous sembler dures, surtout dans une société marquée par le chômage, les tensions sociales, les mutations technologiques, l’intelligence artificielle. Il faut les comprendre correctement.

Saint Paul ne vise pas ceux qui cherchent un emploi et entendent, parfois avec humiliation : « Nous n’avons pas besoin de vous ».

La souffrance d’être mis de côté, de se sentir inutile, de trop… est immense.

Être exploité est un malheur ; ne pas être exploité du tout parce que personne ne veut de vous en est un autre.

Beaucoup d’hommes, autrefois valorisés par la force physique et le travail manuel, se retrouvent déphasés dans une société informatisée où les femmes s’adaptent souvent mieux aux métiers du tertiaire. Ce décalage peut engendrer un sentiment d’infériorité, parfois même de la violence.

Mais l’Évangile nous rappelle une vérité fondamentale :

Personne n’est de trop sur cette terre.

Bien-portant ou malade, jeune ou âgé, chacun reçoit de Dieu une mission : travail manuel ou intellectuel, enseignement ou fabrication, prière et offrande de sa vie dans l’épreuve.

Dieu associe l’humanité à son œuvre de création. Par son action, chacun façonne la matière, les mentalités, et même la marche de l’histoire.

            Il est vrai que certains refusent l’effort et la discipline du travail. Mais d’autres, à l’inverse, réduisent toute leur vie au travail, s’identifiant au salaire, à la réussite, à la reconnaissance sociale.

Et il serait injuste d’oublier la valeur immense du travail non rémunéré, accompli par tant de mères de famille : gestion du foyer, calcul des dépenses, repas équilibrés, économies quotidiennes… Un travail discret, souvent invisible, mais essentiel à la dignité de la famille.

À la lumière de la foi, le travail — rémunéré ou non — devient un lieu de sanctification. Un saint disait : « Avant ma conversion j’épluchais des pommes de terre, maintenant que je me suis converti, je me sanctifie en épluchant des pommes de terre. » La même chose mais vécue autrement.

Le chrétien se sanctifie dans le travail, sanctifie le travail et il sanctifie les autres par le témoignage donné dans son travail.

            L’étymologie latine du mot travail évoque dans l’histoire un instrument de supplice. Il n’y a pas de bon travail sans souffrance, sans renoncement et sacrifice. En ce sens, la table de travail ou le chantier deviennent un autel où nous offrons notre vie en sacrifice à a louange de Dieu. Véritable liturgie !

Sacrifice ne veut pas dire attitude masochiste mais acte sacré, mort de l’ego dominateur, pour devenir offrande par l’action de l’Esprit Saint. C’est pourquoi saint Paul exhortait les chrétiens de Rome « à offrir leurs personnes  « en hostie vivante, agréable à Dieu : c’est là votre culte spirituel. »

Par le travail, l’homme sanctifie la création. La valeur d’une œuvre ne vient pas seulement du salaire, mais de la dignité de celui qui l’accomplit.

En ce sens, le travail de la femme de ménage et celui du Président de la République ont une valeur semblable : celle de la personne humaine qui imprime sa dignité dans la matière.

Ce qui compte, c’est de bien faire, avec compétence, attention et amour.

Alors, le travail devient prière.

Par son sérieux, le chrétien rayonne sa foi. Son témoignage donne du poids à ses paroles lorsqu’il parle de Dieu.

Conclusion

Dans un instant, nous offrirons le pain et le vin, fruit de la terre et du travail des hommes, qui deviendront le Corps et le Sang du Christ.

En les portant à l’autel, offrons aussi nos vies, nos projets, nos besoins, nos joies et nos peines.

Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à la louange de la gloire de Dieu.

                                                                                                                          Fr Manuel Rivero (O.P.)

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