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7ième Dimanche de Pâques (Jn 17, 11-19) – Homélie du Père Louis DATTIN

Fidélité, unité, Vérité

Jn 17, 11-19

Nous venons de lire, dans l’Evangile, ce que les spécialistes appellent « la prière sacerdotale » : la prière du Christ-Prêtre qui s’adresse au Père pour les apôtres, et que demande-t-il pour eux ? C’est d’autant plus intéressant de l’écouter, qu’au fur et à mesure de ses demandes, il dresse un portrait de ce que doit devenir un vrai disciple du Christ : il campe devant nous, un véritable prototype de ce que doit être un chrétien véritable, un disciple, un apôtre. Alors, examinons ce texte de très près et nous verrons se dessiner peu à peu la silhouette du chrétien modèle. En comparant avec ce que nous sommes en réalité, cela peut être plein d’enseignements pour nous.

En lisant cet Evangile, la 1ère qualité qui frappe, c’est « la fidélité« . Un chrétien, c’est d’abord un « fidèle« , à tel point que l’on a appelé les chrétiens « des fidèles ». C’était le plus beau titre qu’on pouvait leur donner. On dit par exemple : « Combien y avait-il de « fidèles » à la messe aujourd’hui ? »

Et on a même été jusqu’à appeler ceux qui n’étaient pas chrétiens : « les infidèles » tant c’était cette « fidélité » qui devenait la 1ère caractéristique du chrétien. « Chrétiens, sommes-nous des « fidèles » ? » Et d’abord qu’est-ce donc que cette fidélité ?

Est fidèle, celui ou celle, qui s’étant engagé dans un amour, reste définitivement attaché avec celui ou celle avec qui, il s’est engagé, quelles que soient les difficultés, les contrariétés, les sollicitations extérieures, il ne laissera pas tomber l’autre. Il ne le lâchera jamais ! Il sera toujours là, présent, solidaire et aimant : on peut compter sur lui, il est solide, il est toujours là.

C’est la 1ère qualité de Dieu, celle qui nous frappe le plus. Malgré toutes nos fautes, nos départs loin de lui, nos éloignements, nos demi-tours, il est toujours là, prêt à recommencer l’alliance. C’est toute l’histoire de la Bible où jamais, malgré les circonstances les plus défavorables, il ne laisse tomber son peuple.

Aussi chantons-nous « Tu es le Dieu fidèle éternellement » et quand deux jeunes viennent devant Dieu pour se marier, parce qu’ils veulent faire comme lui, agir comme lui, eux, aussi, se promettent fidélité, à l’image de Dieu. Oui, un chrétien, c’est d’abord un homme qui, ayant donné sa foi au Seigneur, ne le laissera jamais tomber, pas plus d’ailleurs que Dieu ne l’oubliera : « Je suis avec vous, tous les jours, parmi vous, jusqu’à la fin des temps ».

Que dire alors de ceux qui se disent « chrétiens », qui ne pensent guère à Dieu, qui le prient de loin en loin, et qui sont incapables de se déranger une fois par semaine pour avoir « Rendez- vous avec lui » ? Pour les 90% de baptisés, 10%, et je suis optimiste, de « fidèles », de vrais, qui ne laissent pas tomber Dieu et qui ont le souci de faire grandir cette Vie divine, reçue en eux par le Baptême, la Confirmation, l’Eucharistie, 10% se souviennent que, sans lui, notre vie tombe en ruines. « Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage pour qu’ils soient un comme nous-mêmes ».

Le second désir de Jésus pour nous, après la fidélité, c’est l’unité : il n’y a rien de plus pénible que de voir des chrétiens divisés, dressés les uns contre les autres, ne se parlant plus, ne désirant pas se réconcilier, jugeant les autres avec hauteur et dédain.

Frères, que cela n’arrive jamais entre nous. C’est la mort d’une communauté chrétienne, la mort d’une paroisse. Certes, nous pouvons avoir parfois des opinions différentes, des divergences de vues, de petits accrochages, des caractères opposés, mais que notre idéal commun, que notre union à Jésus-Christ soit toujours la plus forte : il ne doit avoir rien de plus pénible pour le Père, qui aime autant, chacun de nous, que de nous voir divisés, s’entredéchirer, s’opposer avec méchanceté et agressivité. Tout comme il est extrêmement pénible pour de bons parents de constater que leurs enfants ne s’entendent pas, ne veulent plus vivre ensemble alors qu’ils ont tout fait, pour créer une famille unie, où il fait bon vivre ensemble.

Vous savez combien le Seigneur a insisté sur cette unité, et si nous sommes fidèles parce que Dieu est fidèle, nous serons un, parce que Dieu, lui aussi, dans sa Trinité de personnes, est tellement un, qu’il ne fait qu’un seul Dieu. Si nous vivons comme Dieu, nous devenons « un », les uns et les autres, comme lui. « Père, qu’ils soient un, comme toi et moi nous ne faisons qu’un ».

Mais si nous devenons, peu à peu, si fidèles, si unis, si unanimes les uns avec les autres, surgit la 3e caractéristique : la vérité. Ensemble nous reconnaissons la même vérité, que nous vivons dans la même lumière, fidèles et unis autour d’une même Parole. Qu’importe que nous soyons fidèles et unis, si c’est dans l’erreur : fidélité et union ne prennent leur valeur que si, tous ensemble, nous sommes dans la vérité et c’est le troisième désir du Christ, dans cet Evangile d’aujourd’hui : « Consacre-les par ta vérité ». Ta Parole est vérité : être ancrés dans la vérité, écouter et mettre en pratique les paroles de celui qui, seul, a osé dire : « Je suis la vérité » ; « Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité ».

Aujourd’hui, au milieu de centaines de théories, de milliers d’idéologies et de sectes, où chacun semble avoir « sa religion », nous sommes tentés de dire comme Pilate à Jésus : « Qu’est-ce-que la vérité ? »

– Or, c’est évident, c’est logique : il n’y a pas plusieurs vérités qui se contredisent.

– Y en aurait-il que deux qui soient différentes, une des deux devient fausse et n’est qu’une erreur.

– « Je suis la vérité ».

 La vérité n’est pas une idée, n’est pas une notion.

C’est une personne : c’est Jésus-Christ et son message

Et toute autre vérité ne peut être qu’une approche, une participation, un accord avec Jésus-Christ. Aujourd’hui, si l’on veut réussir dans le monde, il semble indispensable de camoufler la vérité, de flirter avec le mensonge, de passer par des compromis.

Pour nous, disciples du Christ, la vérité est « une« . « Oui, c’est oui. Non, c’est non » quel que soit notre intérêt immédiat. Quand nous tournons notre boussole dans tous les sens, l’aiguille, elle, retrouve toujours le pôle. Pour un chrétien, c’est pareil.

Fidélité, unité, vérité : voilà les trois mots-clés de notre vie chrétienne, les trois « mots de passe » du chrétien. AMEN