Rodolphe Emard : derniers pas vers la prêtrise
Grande joie pour le diocèse de La Réunion. Et tout particulièrement pour la paroisse du Saint-Esprit à Trois-Mares. Rodolphe Emard, 31 ans, sera ordonné prêtre le 12 août prochain.
Quand et comment est née votre vocation ?
La question de la prêtrise s’est posée à ma première communion. Elle est restée très présente durant mes années au collège. Par la suite, elle s’est un peu estompée, même si je restais très présent dans la communauté ecclésiale. Lorsque je préparais ma licence et ma maîtrise, je me suis un peu éloigné de l’Église même si je gardais une foi très profonde. C’était aussi une période où je me demandais quel sens donner à ma vie. J’avais des ambitions : avoir un bon boulot, une grande maison, une Mercedes, un bon compte en banque… mais paradoxalement j’éprouvais un grand vide. J’obtenais mes diplômes mais je me demandais dans quel but. C’est là que la question de la prêtrise est revenue comme un retour de boomerang. La rencontre avec un protestant dans un métro à Toulouse a été déterminante. Il m’a donné une Bible et en l’ouvrant je suis tombé sur un verset des « Noces de Cana », celui de Marie qui dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5). Tout a commencé là. Le Christ m’a rejoint par sa mère. J’ai pris conscience par la suite que ma vie n’aurait de sens que tournée vers les autres, en étant moi-même serviteur.
À un mois de l’ordination, comment vous sentez-vous ?
Je suis serein et joyeux, quoiqu’un peu stressé par les préparatifs. Mais je rends grâce à Dieu pour la disponibilité et le dévouement de nombreuses personnes qui s’y impliquent. Je suis vraiment porté ! C’est un moment extrêmement important où j’engage toute ma vie, je mets toute ma confiance dans le Seigneur, sûr qu’il sera toujours à mes côtés. J’ai beaucoup appris et reçu au séminaire. Il y a une transition à effectuer, c’est un saut dans l’inconnu. Pour l’heure, je prends le temps de redécouvrir le contexte réunionnais. J’observe… Que retenez-vous de vos premières expériences en paroisse ? À Maurice, j’étais en insertion dans une paroisse de l’ouest de l’île, à Bambous (paroisse du Saint Sauveur). Dans le diocèse de Nantes, j’ai connu deux paroisses : la première dans une banlieue nantaise (paroisse du Bienheureux Marcel Callo) et la deuxième à Saint-Nazaire (paroisse de Saint Pierre de l’Océan). Ces insertions m’ont beaucoup apporté. Je retiens notamment la collaboration avec les prêtres, les diacres et les laïcs. Cela révèle que le Christ confie une seule et unique mission à tous les baptisés, chacun à son niveau et selon son charisme. Je ne veux jamais perdre de vue ce fait ! Par ailleurs, j’ai été agréablement surpris par l’engagement de tant de personnes au nom de leur baptême, avec de réelles convictions de foi. Je suis enrichi de visages et de témoignages édifiants. Ce sont ces collaborations qui m’ont appris à être diacre. Et dans cette lignée, je souhaite apprendre à devenir prêtre.
Quelle image avez-vous du prêtre ?
Configuré au Christ Pasteur, le prêtre doit essayer -et je dis bien essayer (tant la tâche est difficile)- d’adopter les attitudes de Jésus. Et il doit sans cesse avoir recours à la grâce de Dieu pour accueillir, écouter, regarder les gens comme Jésus. Une grâce que je demande sans cesse est celle de la bienveillance. Accueillir chacun dans son unicité, dans son parcours, dans toutes les composantes de sa vie, le prendre là où il en est et essayer de faire un « bout de chemin » ensemble. Je l’ai bien perçu notamment durant mon ministère diaconal : les gens ont besoin d’être écoutés, accueillis avec leurs histoires, sans jugement, à l’image du Christ, venu non pour juger mais sauver.
Y a-t-il un prêtre à qui vous aimeriez ressembler ?
Chaque prêtre est unique. J’aurai à apprendre à être prêtre avec ce que je suis, avec mon potentiel et mes limites, mais sans essayer de ressembler à l’un ou l’autre. Quatre prêtres, entre autres, me marquent par leurs qualités qui m’interpellent dans ma marche vers la sainteté et dans l’exercice de mon futur ministère : le saint curé d’Ars, son amour pour Dieu et les fidèles qui lui étaient confiés. La qualité de sa prière. Son dévouement pour donner le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Les pères Joseph Wresinski, fondateur d’ATD quart monde, et Antoine Chevrier, fondateur du Prado, pour leurs engagements auprès des plus démunis et enfin, mon premier curé dans le diocèse de Nantes, le père Gérard Epiard pour son accueil inconditionnel des personnes, sa gentillesse, sa disponibilité, sa qualité d’écoute et son humeur égale. Il m’a beaucoup appris sur le terrain.
Quelle est votre parabole préférée ?
Depuis mon enfance, je suis marqué par la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15, 11-32). Les cours d’écriture sainte au séminaire m’ont aidé à mieux en comprendre le sens. Jésus nous y enseigne l’amour sans limite de Dieu. Rien n’est jamais perdu ou fini, même pour l’homme le plus égaré. Tout peut renaître avec Jésus-Christ ! Pour moi, cette parabole est source d’espérance pour toute l’humanité. Dieu ne nous enferme pas dans nos fautes mais il nous en libère par son infinie tendresse.
Sonia Delecourt
Église à la Réunion


