SEDIFOP
Dimanche de la Miséricorde et Béatification de Jean-Paul II 1er mai 2011 – Eglise Jésus Miséricordieux, Cambuston

« Miséricorde ! »

Mgr Gilbert AUBRY

lundi 2 mai 2011 par

Le thème de la préparation de votre fête a été : « En famille, vivre la Miséricorde, chemin de sainteté ! » C’est quoi la miséricorde ? C’est qui la miséricorde ? Comment faire famille humaine ? Comment faire Eglise vivante et missionnaire ? Comment faire une société humaine ? Nous allons essayer de répondre à ces quatre questions avec l’aide de Jean-Paul II.

C’est quoi la miséricorde ? C’est l’amour de Dieu qui vient à notre secours en enveloppant notre misère de son amour pour que nous puissions aimer comme Jésus. C’est qui la miséricorde ? C’est Jésus lui-même qui rétablit chacun de nous dans l’amour de Dieu son Père et dans des relations fraternelles entre nous. Il prend sur lui toutes nos croix pour nous donner sa résurrection. Dans sa grande miséricorde, Dieu le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ nous a fait renaître grâce à la résurrection de son Fils dans la chair humaine pour une vivante espérance (cf. 1 P. 1 – 3 à 9).

Souvenons-nous. Jésus vient de mourir. Huit jours après Pâques, les disciples qui ont abandonné Jésus sont barricadés dans une maison car ils avaient peur. Peur des juifs et aussi peur d’eux-mêmes parce qu’ils ne comprennent plus rien. Cela ne vous arrive pas à vous de vous barricader et de vous dire : mais qu’est-ce que tu veux mon Dieu ? Les autres sont en train de me dire que ça doit être comme ci ou comme ça… mais leurs réponses ne me conviennent pas. Oui, l’Eglise proclame que tu es ressuscité, toi Jésus. Mais moi, dans la situation qui est la mienne, je ne sens pas ta résurrection, je suis comme mort.

C’est bien de parler comme ça parce qu’à ce moment-là, tu es vrai et tu parles à Jésus. Et si tu parles à Jésus, il t’écoute et il va te répondre. Pas nécessairement comme tu le souhaites ou comme tu le veux mais il te répond. Et qu’est-ce qu’Il te dit ?

« N’oublie pas que moi aussi, j’ai été confronté au mystère du Mal qui m’a broyé en mon âme et dans mon corps. Tu voudrais me voir pour croire. Mais tu crois déjà parce que tu as déjà le désir de croire : tu veux avoir confiance au-delà de ce qu’on t’a dit de moi, au-delà de ce qu’on t’a dit de toi. Souviens-toi que tu es mon frère et ma sœur dans l’amour de mon Père. Nous sommes de la même famille, vraiment famille, et l’Esprit de famille, personne ne peut nous l’enlever. L’Esprit-Saint est en toi qui fera toute chose nouvelle mieux qu’en Thomas parce que tu m’as déjà dit « Mon Seigneur et mon Dieu ! » sans m’avoir vu. Alors aujourd’hui, dit Jésus, c’est moi qui crois en toi, j’ai confiance en toi. Aujourd’hui c’est moi qui vois dans tes mains et dans tes pieds la marque des clous. Je vois ton cœur transpercé par tant de souffrances. Je connais aussi la souffrance de ton mari, de ta femme, de tes enfants, de ta famille. Je vois et je crois en toi. C’est moi qui avance ma main et la pose sur ton cœur, sur le cœur de chacun de vous. C’est moi qui mets mon doigt à l’endroit des clous. Tu me diras peut-être comment est-ce possible ? C’est possible parce que je te connais tel que tu es, mais tel que tu es, je te re-connais en moi avec ta souffrance. Et je te dis la paix soit avec toi, maintenant ! Toi tu es en moi et moi en toi comme le Père est en moi et que je suis dans le Père. Tu vois, nous sommes vraiment de la même famille avec le même Esprit. Je crois en toi pour que tu croies en toi, que tu croies en moi, que tu croies dans le Père, que tu croies dans les autres. Retrouve confiance dans ma confiance. Ta foi te sauve. Maintenant. »

Voilà ma méditation pour vous aujourd’hui avec les paroles mêmes du Christ à Thomas, paroles de Jésus ressuscité qui vient se mettre au service de chacun de nous, de nos familles et de la société avec son cœur de miséricorde. Et Jean-Paul II nous a dit dans l’Exhortation apostolique « Pénitence et Réconciliation » (1984) : « Le mystère de la piété, de la part de Dieu, est la miséricorde dont le Seigneur Notre Père est infiniment riche. Celle-ci est un amour plus puissant que le péché, plus fort que la mort. Quand nous nous apercevons que l’amour que Dieu a pour nous ne se laisse pas arrêter par notre péché, ne recule pas devant nos offenses, mais se fait encore plus pressant et plus généreux ; quand nous nous rendons compte que cet amour est allé jusqu’à causer la Passion et la mort du Verbe fait chair, qui a accepté de nous racheter en payant de son sang, alors nous débordons de reconnaissance ; ‘Oui le Seigneur est riche en miséricorde’ et nous allons jusqu’à dire : ‘Le Seigneur est Miséricorde’ ».

Faire famille humaine

Comment « faire famille » sinon en vivant la miséricorde entre l’homme, la femme et les enfants, quelle que soit la situation de cette famille, qu’elle soit dans la fidélité d’un premier amour ou une famille recomposée. Et la miséricorde de Dieu veut envelopper aussi ceux et celles qui élèvent seuls leurs enfants. Jésus nous demande d’aimer les autres avec miséricorde comme lui-même aime chaque membre de la famille avec miséricorde. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Le plus difficile c’est de t’aimer toi-même comme Dieu t’aime. Non pas comme tu le veux mais comme il le veut. Il te re-connaît en Lui, reconnais-le dans l’autre, dans ton mari, dans ta femme, dans tes enfants. Dans ton homme, dans ta femme, dans les enfants qui sont sous ton toit. Et de même que délicatement, il t’apprivoise à travers tes déchirures et la marque des clous, toi aussi fais de même vis-à-vis de l’autre, des autres. Notre société est tellement dure, brutale que nous avons besoin de nous laisser aimer par Dieu pour pouvoir nous aimer nous-mêmes et de pouvoir aimer les autres : « Notre Père, pardonne-nous comme nous pardonnons… ».

Si nous prenions ces paroles au sérieux, il y aurait moins de violences, moins de drames, moins de crimes, plus de compréhension, plus de délicatesse, plus de soutien réciproque. Et le sacrement de mariage est pour cela, pour construire une communauté d’amour qui va refléter, signifier l’alliance de Dieu avec l’homme, la femme et leurs enfants, par Jésus-Christ qui leur donne « l’Esprit de famille, l’Esprit-Saint ».

Jean-Paul II, dans sa « Lettre aux familles » rappelle les paroles de Jésus « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). D’où la place de la prière et de la prière en famille. Lorsque les membres d’une famille prient ensemble et qu’ils disent ensemble « Notre Père » et « Je vous salue Marie », c’est Dieu lui-même qui les réunit dans un seul amour et c’est Marie qui les protège, elle qui est la mère de Jésus et notre mère, la mère de l’Humanité. C’est un trésor inestimable.

Je cite maintenant Jean-Paul II « la prière renforce la solidité et la cohésion spirituelle de la famille, contribuant à faire participer celle-ci à la force de Dieu. Dans la ‘bénédiction nuptiale’ solennelle au cours de la cérémonie du mariage, le célébrant invoque ainsi le Seigneur pour les nouveaux époux : ‘fais descendre sur eux la grâce de l’Esprit-Saint afin que, par ton amour répandu dans leurs cœurs, ils restent toujours fidèles à l’alliance conjugale’. C’est de cette ‘effusion de l’Esprit-Saint’ que naît la force intérieure des familles, comme aussi la puissance capable de les unifier dans l’amour et la vérité ».

A la cathédrale le 1er mai, Jean-Paul II nous a rappelé la nécessité de bâtir la pastorale dans l’Eglise diocésaine selon les grands appels de Vatican II. Il nous a redit que l’Eglise est communion avant tout, que la famille chrétienne est une priorité fondamentale. Il a souligné que « les baptisés ont besoin du sacerdoce ministériel par lequel leur est communiqué le don de la vie divine. Plus un peuple vit son christianisme, plus il ressent le besoin de prêtres. Frères et sœurs de La Réunion, les vocations sacerdotales pour votre diocèse sont l’affaire de Dieu et votre affaire : c’est à vous de vouloir des prêtres, de les demander à Dieu, d’encourager les vocations » (p. 28). Et puis il a encouragé les jeunes à bâtir leur vie sur l’amour du Christ « Laissez Jésus-Christ vous prendre la main. Il ne vous lâchera pas car il veut aller avec vous jusqu’au bout de l’amour ».

Faire une société humaine

En béatifiant le frère Scubilion comme éducateur, évangélisateur et réconciliateur, le pape Jean-Paul II a invité et invite nos communautés chrétiennes, nos mouvements, nos différents organismes à s’ouvrir à l’ensemble de la société réunionnaise. Evangéliser, c’est partager avec les autres une Bonne Nouvelle qui donne un goût humain à la vie en Dieu. Reprenons son message là-dessus : « Cette foi reçue des ancêtres, il faut que chacun la fasse grandir en lui, par un enracinement volontaire dans une paroisse, dans une communauté, dans une équipe de quartier, dans une équipe de réflexion, dans un mouvement (…) Sans imposer votre foi, dans le respect des autres, vivez « la différence chrétienne » et que la marque catholique apparaisse non seulement dans les comportements individuels, mais dans la trame de la vie communautaire et collective : en famille, en affaires, dans les loisirs, en politique. Il y a une manière d’être et d’agir qui doit influer sur les structures de la société. Ne vous réfugiez pas dans une fausse humilité qui consisterait à taire le contenu de la foi ou à en faire disparaitre l’expression publique. Vivez en conformité avec les exigences chrétiennes et vous deviendrez témoins de l’amour. Cherchez, avec les autres, les voies d’un développement humain pour tous, afin que chaque personne soit reconnue dans sa dignité » (p. 65-66). Le Pape Jean-Paul II nous a invités aussi à nous ouvrir sur les autres îles de l’Océan Indien.

Chers amis, que cette journée de la miséricorde divine nous rende heureux en cette fête du bienheureux Jean-Paul II. Il y a vingt-deux ans il béatifiait le frère Scubilion, c’était les 1er et 2 mai 1989. En 2000, il instituait le dimanche de la miséricorde. Nous avons pris, depuis, l’habitude de nous rassembler ici pour cette fête. Jean-Paul II est décédé il y a six ans au début de la fête de Jésus Miséricordieux. Sa béatification coïncide avec la fête de Jésus Miséricordieux et avec l’anniversaire de la béatification du frère Scubilion, date pour date. Comment ne pas voir là un emboîtement de signes qui est un clin d’œil de la Providence pour nous à La Réunion et pour l’ensemble de l’Eglise, avec « en plus » la guérison miraculeuse de sœur Marie-Simon-Pierre. Nous sommes dans la Communion des Saints, Marie est aussi avec nous et Benoît XVI nous relie aujourd’hui à la grande Tradition des Apôtres. Rendons grâce à Dieu.

Et toi, notre cher Jean-Paul II, sois bienheureux dans la lumière de l’amour après avoir mené le bon combat de ta vie. Avec la Vierge Marie, mobilise toute la Communion des Saints pour nous venir en aide, ici dans ton diocèse de La Réunion, à Rome et dans le monde entier. Tu connais nos problèmes, nos drames et notre espérance. Comme tu as été un grand témoin de la foi, aide-nous à être de vrais témoins de la foi pour notre temps. Aide-nous à vivre pleinement l’Evangile pour faire le lien entre la vie, la foi, la culture, la philosophie, l’économie, la politique, la liberté religieuse et le dialogue interreligieux. Intercède toujours auprès de Dieu pour qu’Il enveloppe l’Eglise et l’Humanité de sa miséricorde infinie. Fais de nous des artisans de cette miséricorde qui préparera la résurrection du monde dans sa rencontre avec le Christ. Amen.

Mgr Gilbert AUBRY


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