ETRE TOUT DONNES AU CHRIST
Introduction
En cette année sacerdotale, aujourd’hui, en cette messe chrismale, c’est le Seigneur Jésus crucifié et ressuscité qui nous rassemble. Il veut faire de nous tous ensemble un peuple sacerdotal qui progresse en sainteté. Il veut faire de nous, diacres, des ministres qui soient serviteurs de la mission de l’Eglise au plein cœur de la vie. Il veut faire de nous, ordonnés prêtres, des pasteurs selon son cœur, des pasteurs rayonnant de son amour et de la Vérité pour préparer l’avènement de son Royaume de justice et de paix, pour la Gloire de Dieu, pour le salut et le bonheur de l’Humanité.
Homélie
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordés par le Seigneur. » (cf Lc 4, 18 à 21)
Ces paroles du prophète Isaïe, Jésus les reprend à son compte dans la synagogue de Nazareth, il les actualise pleinement en sa personne : « Cette Parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». L’onction est pour consacrer les prêtres et les rois à travers les rites de l’Alliance de Dieu avec les hommes. Jésus n’a pas besoin d’être consacré par une onction d’huile, par un ministre, puisque lui-homme a été conçu directement par l’Esprit-Saint dans le sein de la Vierge Marie préservée de tout péché. Il est le Fils éternel du Père. Il vient de Dieu et Il remontera vers Dieu son Père et Notre Père avec son corps de gloire. Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme à la fois, en même temps, selon le projet d’amour de Dieu, pour tous les êtres humains. Jésus est Christ.
Dans sa chair humaine, Jésus manifeste le Père, dans l’Esprit qui l’a conçu et qui l’anime, le jour et la nuit. Il montre le Père. Il devient la marque du Père, son icône parfaite. Il manifeste l’onction de l’Esprit dans la chair humaine. Cette onction de l’Esprit Saint, avec la grâce du baptême, Jésus veut la donner à tous les êtres humains avec le sang et l’eau qui ont coulé de son cœur transpercé. Pour vaincre le péché, le Mal et la mort, méprisant l’infamie et le mépris des hommes, il n’a pas hésité à mourir et à mourir sur une croix. L’amour l’a conduit jusqu’au bout de l’Amour. C’est le sacrifice suprême de sa vie pour mettre Dieu à la portée des hommes et pour rendre les hommes vainqueurs à leur tour du péché, du Mal et de la mort. Jésus est le seul grand prêtre et le prêtre éternel parce qu’une fois pour toutes, il porte la perfection de l’homme (et de la femme) à la perfection de Dieu. C’est pour cela qu’Il peut nous dire : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48).
Oui, l’Esprit du Seigneur a été et est sur Jésus qui, pour toute éternité est « La Bonne Nouvelle » envoyée par le Père. Cette information nous forme, nous donne forme selon la volonté du Père. Cette information dépasse et déclasse toutes les informations des journaux, des radios et des chaînes de télévision. Le ciel et la terre passeront, mais cette Bonne Nouvelle, cette Parole qui s’est fait chair, ce Verbe créateur, n’a pas fini de nous recréer à l’Image de Dieu en Christ, dans l’Esprit.
L’Esprit de Dieu repose sur toi
L’Esprit de Dieu repose sur toi parce que le Seigneur t’a consacré par l’onction… Il t’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Depuis l’année dernière, par sa Parole, dans la messe chrismale de 2009, Jésus nous avait annoncé une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Oui, l’Eglise à La Réunion a eu la joie d’accueillir trois nouveaux prêtres. Mais ce trésor de grâces a été suivi d’un déluge d’épreuves et d’humiliations, surtout avec ces drames qui ont frappé terriblement des enfants, des familles, deux de nos frères prêtres en prison, nous tous prêtres – évêque et diacres, nous tous ensemble fidèles laïcs, religieux, religieuses, consacrés, nous tous Eglise à La Réunion.
Eglise à La Réunion, le Seigneur t’a envoyé et t’envoie porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Mais pour pouvoir parler aux pauvres, il faut d’abord les comprendre et les aimer en étant au cœur à cœur avec eux, en devenant nous-mêmes « pauvres de cœur ». Alors seulement, nous pouvons proclamer les Béatitudes parce que nous sommes dépouillés de nous-mêmes et de nos suffisances humaines. Nous devenons disponibles au Royaume des Cieux. Nous pouvons pleurer avec ceux qui pleurent et être affamés de justice et de miséricorde. Si chacun de nous et nous tous ensemble, nous ne vivons pas la première des béatitudes comme condition première de la proclamation de la Bonne Nouvelle, nous faisons fausse route. Lorsque le boulet de la perdition nous frappe de plein fouet parce que nous sommes perdus, nous avons besoin d’être sauvés par un Sauveur qui nous apporte le salut parce que nous crions vers Lui de tout notre être. Ce ne sont plus des mots. Le salut ne peut venir que de Dieu.
Le premier pauvre qu’il faut découvrir, c’est nous-mêmes, c’est l’Eglise. Nous vivons toujours exposés dans une société qui flatte nos sens et nous submerge de bruits et d’illusions de bonheur. Nous risquons bien d’être chloroformés et fascinés par le Mal sous l’aspect d’un faux bien. Il faut accepter que le malheur nous atteigne et que nous soyons bouleversés pour comprendre que nous-mêmes avons besoin d’être évangélisés en profondeur pour devenir des évangélisateurs. La prise de conscience du péché porté sur la place publique entraîne aussi la prise de conscience de la conversion nécessaire pour vivre vraiment au cœur à cœur avec Jésus-Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6) de notre vie. Qu’est-ce que la vérité de nos relations sinon le Christ vivant en nous et dans tous les autres ? Nous comprenons alors que ce n’est pas un statut social, professionnel, ou de religieux, de religieuse, d’ecclésiastique qui définit la réussite d’un chrétien. C’est sa conformité au Christ.
Dans les drames qui ont secoué l’Eglise et la société réunionnaise, nous avons été choqués, abasourdis, peut-être dans le désarroi et inquiets pour l’Eglise. Mais puisque le désir de nos cœurs était orienté vers Dieu avec le Christ, crucifié en nous et sur la place publique, notre amour pour Lui et pour l’Eglise a entraîné un sursaut de conversion, de courage. Il y a eu un élan de prière et d’adoration eucharistique comme jamais. Votre souffrance a été de ne pas m’avoir physiquement avec vous. Votre souffrance a été aussi ma souffrance puisque je ne pouvais pas être physiquement présent au milieu de vous pour vous soutenir et vous encourager. Notre communion a été forte sinon parfaite. Comme le dit saint Augustin qui a toujours été mon modèle d’évêque depuis le début de mon épiscopat, « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque ». Je me sens de mon peuple croyant et l’alliance qui est sur mon doigt me dit que Dieu m’a donné l’Eglise pour épouse. J’ai donné ma vie pour l’Eglise qui est à La Réunion quoi qu’il arrive. Que Dieu Tout Puissant me donne cette grâce ! Nous aurons encore des moments difficiles devant nous. Difficultés de l’Eglise, difficultés de la société.
L’Esprit de Dieu repose sur nous prêtres
« L’Esprit du Seigneur repose sur nous » en cette année sacerdotale. Les drames que nous avons connus nous ont plongés dans l’épreuve. Mais ce temps d’épreuves est aussi pour nous un temps de purification et de sanctification. C’est la Providence de Dieu qui mène le monde. Dieu nous prépare à autre chose en nous tournant de plus en plus vers l’horizon des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Ce n’est pas une utopie. C’est l’Espérance qui guide notre vie mais le Mal qui veut détruire se déchaînera encore plus. Et nous percevons bien le complot manigancé contre Benoît XVI notre pape. Ne pensez pas que notre vie sera faite de succès humains. Nous ne sommes pas non plus des adeptes de la souffrance pour la souffrance. Cependant, le combat contre le Mal nous blesse. Prions le Christ de nous baigner de son sang glorieux, nous les chrétiens, notre peuple, notre île, pour que la foi tienne bon et que nos blessures deviennent des blessures glorieuses. La croix du Christ est l’axe de l’Humanité dans la création qui gémit elle aussi en attendant la glorification des enfants de Dieu.
Oui, j’ose le dire : dans la foi « cette année a été une année de grâces » ! Le Mal sera vaincu par là où il croyait nous vaincre. Nous deviendrons davantage conséquents avec notre baptême, notre confirmation, nos consécrations, nos ordinations diaconales, sacerdotales et épiscopale. Si nous croyons fermement, aucune puissance des ténèbres ne pourra résister au cœur miséricordieux de Jésus. Dieu sauve les hommes avec l’amour dans la vérité, la justice et la paix. Le prince des ténèbres les perd par les flatteries, la séduction, le mensonge, la haine et la division. Le combat qui se mène maintenant n’est pas à dimension humaine. C’est un combat spirituel où l’armée céleste des anges et des archanges vient à notre secours avec la communion des saints rassemblée autour de Marie. Dieu est en train de régénérer son Eglise dans la douleur, de même que c’est dans la douleur, dans l’humiliation, dans son corps livré, dans son sang versé que le Christ a accompli le Mystère du salut. Le Christ et l’Eglise, c’est tout un. L’Eglise et toute l’Humanité par l’Eglise sont appelées à devenir son corps mystique. Nous passons par le même chemin que lui.
« L’Esprit de Dieu est sur moi, sur nous, prêtres et évêque, parce que le Seigneur nous a consacrés par l’onction ». Nos ordinations nous ont configurés au Christ, Prêtre Eternel et Unique Bon Pasteur. Il a voulu que par Lui, avec Lui et en Lui, dans la Tradition des Apôtres, nous ayons la mission et donc le pouvoir de consacrer le pain et le vin pour qu’ils deviennent son corps et son sang ; le pouvoir de pardonner les péchés et de délier ce qui empêche la liberté des enfants de Dieu. Rassembler, évangéliser, sanctifier, telle est notre mission pour la mission de l’Eglise qui doit transfigurer le fruit de la terre et du travail des hommes : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Et nous prêtres, nous disons ces paroles du Christ avec notre corps, avec notre sang. Nous ne sommes pas des fonctionnaires du culte qui pourraient accomplir le sacrifice du Christ à l’autel en vivant n’importe comment par ailleurs. Nous sommes des consacrés qui doivent, jour et nuit, conformer notre vie à celle du Christ en conformant à sa volonté, toute aspiration, toute énergie, toute fatigue et toute souffrance. Ce n’est pas facile.
N’ayons pas peur du mot : il s’agit d’un réel sacrifice, c’est-à-dire d’un acte d’offrande perpétuelle pour participer à l’offrande du Christ à son Père, pour que toutes les activités humaines réalisent le but de la Création grâce à la Rédemption. Nous devons être tout donnés au Christ dans un élan perpétuel d’amour qui doit se transformer en communion parfaite. Ne nous décourageons pas. Le Seigneur sait de quelle pâte nous sommes pétris. Si nous tombons, il nous relève. Ne doutons pas de sa miséricorde et soutenons-nous les uns les autres. C’est par Amour que nous avons été créés. C’est par Amour que nous avons été rachetés. C’est par Amour que nous avons été choisis. C’est par son Amour que nous sommes soutenus et conduits jusqu’au bout de l’Amour.
Que Dieu nous donne la grâce, avec l’aide de nos frères diacres, des religieux et des religieuses, des consacrés de comprendre et d’aimer nos frères et nos sœurs laïcs. Les fidèles instinctivement regardent le(s) prêtre(s) sous le signe de la sainteté. Ils sentent que c’est un envoyé de Dieu pour servir et communiquer le salut. Et, en effet, le prêtre est l’homme de la communauté, engagé de façon totale et irrévocable dans son service. C’est l’interprète de la Parole de Dieu, c’est le dispensateur des mystères divins pour tous les hommes : les enfants, les jeunes, les familles, les travailleurs manuels, les intellectuels, les pauvres, les riches, les humbles, les malades, sans distinguer entre amis et ennemis. Le prêtre est la voix priante et implorante, exultante, souffrante (dolente) de la communauté, jusqu’à son dernier soupir (cf. Cardinal Maradiaga).
Que Dieu envoie son Esprit sur tous nos jeunes qui ont un projet de vocation, plus spécialement sur nos jeunes qu’il appelle à devenir prêtres. Vous, jeunes, si vous aimez vraiment le Christ, vous vous laisserez séduire par Lui et vous répondrez à son Amour par amour : L’Eglise a besoin de jeunes pour parler aux jeunes, avec leurs rêves et leurs illusions, avec leurs inquiétudes et les problèmes propres à la jeunesse d’aujourd’hui, problèmes qui ne doivent pas être éludés mais affrontés pour trouver des réponses authentiques (cf. Cardinal Maradiaga). C’est vous les jeunes qui allez trouver les réponses aux questions que vous vous posez, pas nous ! Alors, cherchez, aimez, priez, progressez dans l’amour et le service des autres. Cherchez comment répondre à l’appel du Christ et aux besoins de ceux qui vous entourent. Soutenons-nous les uns les autres.
Vous savez, l’Eglise est belle. N’ayons pas honte de l’Eglise. Ayons honte de nos fautes mais pas de nous puisque Dieu nous aime. Ayons honte de la honte de nous-mêmes. Et qu’on en finisse avec cette mauvaise conscience qu’on voudrait nous donner de nous-mêmes. Méprisons le mépris sans mépriser les personnes qui nous méprisent. Aimons, aimons, aimons avec la puissance de la Croix Glorieuse.
Vous savez, l’Eglise est belle ! L’Eglise à La Réunion est belle. L’Eglise de la terre, l’Eglise de ceux et celles qui se purifient à travers le passage de la mort, l’Eglise de la pleine lumière du ciel. Déjà, regardons-nous dans notre peuple à La Réunion. Nous sommes passés à travers les vicissitudes de l’Histoire. Nous les assumons et nous continuons à marcher comme le peuple des croyants sous l’arc-en-ciel de Dieu qui nous tient par la main !
Vous savez, l’Eglise est belle ! Pensez aux petits enfants dans le ventre de leur mère et qui sont portés dans la prière. Il y a les grands-pères et les grands-mères qui disent leur chapelet et qui portent le souci de leurs grands enfants qui, hélas, souvent ne prient plus. Il y a ceux qui sont au travail ou qui, dans leurs activités, prient et offrent en permanence ce qu’ils font pour que Dieu soit glorifié par les actes de la vie quotidienne. Comme c’est beau : les prisonniers sont visités par les aumôniers des prisons avec leurs équipes. Les malades sont consolés par les équipes paroissiales qui les visitent et leur portent la communion. C’est beau, c’est bien, mais ce n’est jamais assez. Il y a tant de détresses que nous demandons à Dieu de rendre son Eglise plus belle avec notre collaboration à tous.
Vous savez, l’Eglise est belle ! Vive vous et vos familles. Ensemble nous sommes l’Eglise. Ensemble, nous allons tenir parce que l’Esprit Saint nous est donné pour faire route ensemble. Ne lâchons pas l’Eucharistie, l’adoration eucharistique, le chapelet. Continuons à progresser avec le Christ mort et ressuscité qui nous marque à sa ressemblance. Vive le Christ mort et ressuscité. Vive l’Eglise qui sera encore plus belle après sa purification ! Avançons dans l’amour. Vive vous ! Vive Dieu ! « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant » (Ps 125).
Monseigneur Gilbert Aubry
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LES HOMELIES DE NOTRE EVEQUE, MGR GILBERT AUBRY
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