LE MALOYA DANS NOTRE PATRIMOINE !
C’est une excellente chose que notre maloya soit inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec ce label, grâce au travail de toute une équipe, il accède à une stature internationale. Ce chant et cette danse typiques de La Réunion, uniques au monde, se sont transmis dans une culture de la nuit. Ils ont été réprimés à un moment où leur instrumentalisation politique servait la cause de l’autonomie et contestait la départementalisation assimilatrice. Cette dramatisation a grandement contribué à renforcer le phénomène comme culture de résistance avant que l’ensemble de la population se l’approprie dans la dynamique de régionalisation – décentralisation.
Maintenant que le maloya a droit de cité, qu’il est reconnu internationalement avec un label UNESCO, les artistes avec leur liberté de création et les responsables culturels sont placés, me semble-t-il, devant un double défi : 1) Travailler encore plus la qualité tant du point de vue des paroles, des chœurs que de l’harmonisation et de la chorégraphie en ce qui concerne les déclinaisons artistiques du maloya. Et l’inscrire dans l’ensemble de notre patrimoine artistique car le maloya qui nous est un trésor culturel ne peut pas être l’expression de toute notre culture. 2) Travailler à la valorisation de tout notre patrimoine immatériel musical hérité de l’ensemble de notre histoire : romances, quadrilles, ségas, « musique en cuivre », etc. La Réunion a toujours créolisé les rythmes venus d’ailleurs. Elle intègre au fur et à mesure dans sa culture musicale les divers apports des musiques folkloriques, des musiques classiques et des musiques contemporaines... Le CD de J.Pierre Laselve « Vavangue en varangue » est un exercice réussi de revisitation de notre patrimoine musical réunionnais.
Le maloya, avec sa force populaire, peut être un moteur pour tirer l’ensemble. Gardons-nous bien d’en faire la référence exclusive de la musique réunionnaise qui se retrouverait alors comme prisonnière d’un seul rythme, d’un seul genre. Cela constituerait un appauvrissement qui se retournerait aussi contre le maloya lui-même. En effet, le maloya continue à se métisser de multiples apports actuels. Et puis, la société réunionnaise, avec tous ses paramètres culturels, est traversée dans son ensemble par un processus de créolisation, de métissage permanent qui suppose l’ouverture aux autres, ici à La Réunion, et aux productions musicales de l’humanité. Nous avons à combler le décalage qui existe entre nos manières de vivre qui constituent notre culture au quotidien ouvert sur tous les horizons du monde… et la production d’œuvres culturelles qui en seront l’expression artistique, pour nous-mêmes à La Réunion et au-delà des frontières de notre île.
Saint-Denis, le 5 octobre 2009 Mgr Gilbert AUBRY
fr
LES HOMELIES DE NOTRE EVEQUE, MGR GILBERT AUBRY
?
