« ANNONCER… QU’ILS SONT LIBRES ! »
Introduction de la messe :
Le pape Paul VI a voulu faire de la messe chrismale la fête du sacerdoce :
Sacerdoce du Christ qui offrit son sacrifice sur l’autel de la croix et en a institué le mémorial à la dernière cène.
Sacerdoce des ministres qu’il a appelés à continuer son œuvre, les évêques et les prêtres auxquels il a donné la mission d’annoncer l’Evangile, de conduire le peuple et de célébrer les sacrements, célébrer la messe, remettre les péchés en son nom.
Sacerdoce du peuple chrétien chargé lui aussi de faire connaître Jésus-Christ, d’être dans le monde un ferment de sainteté et d’instaurer le Royaume de Dieu en accomplissant ses tâches temporelles.
Homélie
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Regardons le Christ dans la synagogue de Nazareth. Il s’approprie personnellement ces paroles d’Isaïe (61.1-3a sq). Personne n’a marqué le Christ avec de l’huile consacrée pour qu’il appartienne à Dieu. Pour nous aujourd’hui, dans la consécration avec l’huile sainte, la référence c’est le Christ lui-même dont le nom signifie « consacré par l’onction ». Jésus, lui, n’a pas reçu l’onction rituelle qui, sous l’ancienne alliance, consacrait le grand prêtre, ainsi que les rois et parfois les prophètes. Il est consacré de toute éternité parce qu’il est le Fils du Père, le Verbe de vie. Il est Dieu né de Dieu, il est vrai Dieu et vrai homme. En lui, il n’y a rien de faux. C’est vraiment l’homme en Dieu. Sa consécration tient donc à son être de Dieu fait homme « Le Verbe s’est fait chair » et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient du Père. En prenant chair dans le sein de la Vierge Marie, le Verbe de Dieu a conféré à l’humanité de Jésus l’onction divine qui fait de lui le Prêtre, le Prophète et le Roi de la nouvelle alliance. Le Christ a partagé notre humanité, il a souffert, il est mort sur la croix, il est ressuscité, il nous donne l’Esprit, il institue l’Eglise et l’envoie en mission dans la tradition des apôtres. Il est la vie de toute vie. Et pour que tout être humain sache de quel amour il est aimé par Dieu le Père, par les prêtres ordonnés comme signes du Bon Pasteur, il confère la même consécration à tous les membres de son corps, pour en faire le peuple de Dieu son Père, le Temple de l’Esprit. Tous les baptisés confirmés deviennent avec le Christ, prêtres, prophètes et serviteurs royalement libres pour vivre et proclamer un évangile de salut, pour devenir une Bonne Nouvelle, pour devenir bonne nouvelle de résurrection pour tous ceux qui sont dans leurs réseaux de relations et pour toute la société. (cf introduction à la messe chrismale par Pierre Journel).
L’aujourd’hui du Christ
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction » dit Jésus. Il continue « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ». Oui, Jésus a fait ses miracles où il remet l’homme debout, où il réintègre les pécheurs et les malades dans la société religieuse et civile. Ses miracles sont comme une signature qui vient authentifier que sa mission est vraie et efficace. Nous le savons.
« Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Quel est cet aujourd’hui qui accomplit la Parole de Dieu ? C’est l’aujourd’hui du Christ dans sa chair humaine lorsqu’il était dans la synagogue de Nazareth il y a 2000 ans. Mais c’est aussi l’aujourd’hui du Christ dans l’aujourd’hui de notre vie, dans notre société actuelle, dans notre monde contemporain. Nous aussi nous sommes envoyés pour annoncer aux prisonniers qu’ils peuvent être libérés, aux aveugles qu’ils peuvent voir la lumière, aux opprimés qu’ils peuvent être libérés. Mais pour annoncer cela avec efficacité, il nous faut comme le Christ, avec Lui et en Lui, être vraiment en Dieu et être vraiment humains dans tous les moments de notre vie. Autrement, nous ne sommes pas crédibles, que nous soyons évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses, consacrés laïcs, laïcs au cœur du monde. Et reconnaissons que pour vivre et annoncer un évangile de salut pour nos frères, nous avons constamment besoin d’être sauvés nous-mêmes.
Et en cette messe chrismale, nous commençons par dire :
« Jésus Sauveur, par la puissance de ton sang glorieux, par le souffle de ton Esprit, par ta sainte face de ressuscité, par tes larmes d’amour en ta passion prolongée dans l’humanité, toi Jésus Sauveur, sauve-nous pour que nous puissions t’aider à sauver l’Humanité.
« Fais de nous des pauvres de ton amour pour que nous puissions nous mettre en route avec le désir toujours croissant de ton amour, te rencontrer dans la méditation de la Parole pour que nous devenions porteurs de la Bonne Nouvelle aux autres pauvres qui ne savent pas encore que la vraie nourriture est de faire la volonté de ton Père.
« Ouvre nos yeux pour que nous puissions voir ta Lumière et te rencontrer vraiment, Toi qui es le chemin, la vérité et la vie de nos vies. Et alors, ta Lumière en nous sera si forte pour les autres que les yeux du cœur, que le regard de l’autre sur sa propre vie et sur la vie des autres sera un regard d’amour et de résurrection.
« Libère-nous de nos égoïsmes et de tous nos esclavages qui nous enchaînent à des passions destructrices et qui défigurent la beauté de ton Eglise. Rends-nous libres pour aider les prisonniers de toutes sortes à se libérer, à se reconstruire intérieurement, à retrouver leur place dans l’Eglise et dans la société. »
Transfigurer le monde
« Il m’a envoyé annoncer une année de bienfaits… C’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit ». Qu’est-ce que le Christ veut nous dire avec cet aujourd’hui qui est le sien et le nôtre en même temps ? Qu’est-ce que c’est que cette année de bienfaits quand la crise financière et économique secoue l’humanité, ébranle les mentalités et exige la fin d’un monde où l’argent se fait roi, où le pouvoir fait que les puissants éliminent les plus faibles, où l’exaltation de la sexualité débridée finit par détruire l’amour et anéantir les familles ? Qu’est-ce que cela veut dire une année de bienfaits quand ici même à La Réunion, depuis novembre 2008, nous sommes dans le stress permanent, les grèves, les manifestations, les revendications pour un niveau de vie qui risque bien de devenir un miroir aux alouettes si nos modèles de consommation viennent détruire les activités et les emplois, si nos modèles de consommation nous transforment en troupeaux de bêtes que l’on mène à l’abattoir ?
Sommes-nous des bêtes à consommer de la consommation, à consommer de l’argent, à consommer du pouvoir, à consommer du sexe, à la gloire de l’argent, à la gloire du pouvoir, à la gloire du sexe ? Sommes-nous des consommateurs passifs d’informations médiatiques qui, par leur débit et leur juxtaposition, arrivent à engendrer de la désinformation et une aliénation mortifère dans le formatage de la pensée unique ? Interdiction de penser autrement que dans l’opinion dominante, dans la dictature des idées sans Dieu, sans raison, sans miséricorde, sans humanité !
Sommes-nous des bêtes ou sommes-nous des fils et des filles de Dieu ? Pour moi et pour nous, la réponse ne fait pas de doute. Nous sommes des fils et des filles de Dieu qui sont appelés à retrouver et à vivre la vérité de leur baptême, de leur confirmation, de leur mariage, de leur ordination diaconale et presbytérale, de leur consécration religieuse, de leur engagement de laïc pour transfigurer le monde de l’intérieur et le faire passer dans l’Eucharistie du Christ qui veut faire toute chose nouvelle.
« Annoncer une année de bienfaits… c’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit dans l’aujourd’hui de nos vies par la mission de l’Eglise ». Le Christ compte sur nous. Nous n’avons pas le droit de le décevoir. Il faut nous réveiller. Réveille-toi. Bouge-toi un peu plus. Cessons de nous replier sur nous-mêmes et entrons un peu plus dans cette dynamique où dans tout le diocèse depuis l’avent 2008, nous sommes invités à choisir radicalement le Christ pour être et devenir témoins de la vérité, dans tous les domaines de la vie familiale, sociale, économique et politique. Ne subissons ni la crise financière et économique, ni la crise sociale, ni la crise morale. Nous sommes en difficulté mais apprenons à « vivre la crise dans la solidarité et l’espérance ». « L’Evangile est notre vie » et ensemble, nous avons emprunté « Un chemin d’une lecture priante de la Parole de Dieu ».
Evangéliser au cœur des bouleversements
Une année de bienfaits, de messe chrismale en messe chrismale, une année 2008-2009 pour nous consiste à ne pas nous disperser, à faire constamment le lien entre la foi et la vie pour évangéliser au cœur des bouleversements actuels qui sont une opportunité pour construire une société réunionnaise qui doit s’inscrire finalement dans le projet d’humanisation de Dieu pour notre monde. Ne nous laissons pas emprisonner par les carcans de la routine. Faisons confiance aux capacités humaines sous le souffle de l’Esprit. Notre temps de crise est aussi un temps qui ouvre des perspectives nouvelles pour penser une société autrement, pour construire du neuf, non pas à partir de zéro, mais en sachant lire le positif… quand les gens apprennent à s’écouter, à sortir des conflits, à trouver des compromis pour que l’humanisation des réalités quotidiennes puisse triompher des idéologies négatives de toutes sortes.
Il s’agit de mettre l’Homme, les hommes et les femmes de La Réunion au centre de toutes les préoccupations. Il faut tout faire pour persévérer dans le dialogue social en recherchant des solutions qui feront progresser l’ensemble. Il faut développer en permanence une culture du dialogue à l’intérieur de l’Eglise et dans la société. Chaque personne humaine est créée à l’image du Christ, capable de vaincre toutes les pesanteurs et la mort par la puissance de la résurrection. Il s’agit de permettre la mise en valeur des personnes et leur créativité par des activités, par le travail, au nom même de leur dignité humaine dans leur dignité d’enfants de Dieu. Pourquoi ? Parce que la personne humaine est constamment appelée aujourd’hui à collaborer avec Dieu pour conduire le monde à sa perfection. Pourquoi ? Parce que la personne humaine a besoin de se grandir en développant ses talents en prise directe sur les réalités de sa vie quotidienne, dans son environnement géographique, dans l’histoire de son groupe humain, dans sa culture, au cœur du monde. Alors, elle devient responsable d’elle-même et des autres, par ses activités, par son travail pour gagner sa vie, pour nourrir sa famille, pour développer un système de valeurs, pour construire un pays. Il n’y a plus d’alibi. Les uns et les autres prennent leur part dans la production des services et des biens nécessaires à la collectivité. Ils se remettent en cause pour produire des richesses qu’ils partageront le plus équitablement possible par la suite. Il se dégage alors une fierté de se prendre en charge. L’argent n’est plus alors un produit réclamé pour une assistance parfois détournée, ni une valeur virtuelle, ni une idole. C’est l’expression de richesses produites. Il a le poids des relations d’hommes et de femmes qui se donnent les moyens de vivre dignement avec la réalisation de projets portés ensemble.
La fonction politique pour une bonne gouvernance doit alors envisager l’harmonisation des positions des uns et des autres et la recherche des moyens concrets pour la réalisation de projets de diverses natures. En fonction du bien commun. Commun à chacun et à tous en même temps. C’est la traduction sociale à travers des réseaux de solidarité du commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce n’est pas le niveau de vie et l’amour de l’argent qui comptent avant tout. L’argent est nécessaire. Ce qui compte d’abord c’est la vie. C’est l’amour. C’est un sens à la vie. La bonne gouvernance politique est pour cela : donner un élan de vie pour permettre aux gens de mettre en route des projets, donner du sens à la vie en société, favoriser les conditions d’une marche solidaire en avant. Tenir à une bonne gestion. Savoir se gérer soi-même pour soutenir les autres et faire que chacun, un jour, puisse entrevoir une lueur d’espérance ou l’horizon du bonheur.
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Vous allez me dire : qu’est-ce que cela a à voir avec la messe chrismale ? Nous sommes au cœur de la consécration du monde en Dieu par le Christ qui, aujourd’hui et maintenant, nous donne son Esprit pour faire toute chose nouvelle. A nous prêtres consacrés pour être signes du Bon Pasteur, que le Seigneur nous donne la grâce de retrouver l’ardeur de notre premier amour pour Lui et pour son peuple. Ne nous servons pas de l’Eglise pour servir nos intérêts particuliers. Mettons-nous au service de l’Eglise et l’Eglise sera notre raison de vivre, notre joie, notre force et notre paix. Alors, avec notre peuple sacerdotal, celui qui nous est confié pour une année de bienfaits, nous consacrerons toute la vie de notre île comme une immense eucharistie, à la Gloire du Père, pour notre propre salut et le salut du monde.
Mgr Gilbert Aubry
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LES HOMELIES DE NOTRE EVEQUE, MGR GILBERT AUBRY
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